À l’aube de la présentation du projet de budget 2027 par le gouvernement, les organisations syndicales de la fonction publique (CFE-CGC, CGT, FO, FSU, UNSA, CFDT, Solidaires, FA-FP) appellent à une journée de grève et de manifestations le mardi 29 septembre. Une mobilisation d’ampleur, la première depuis le 5 décembre 2024, qui portera sur les salaires, les conditions de travail ainsi que les moyens consacrés aux services publics. Marie-Christine Caraty, présidente de la fédération CFE-CGC des services publics, revient sur les revendications et les enjeux de cette mobilisation.
Les revendications des organisations syndicales de la fonction publique sont très vastes. Pouvez-vous nous les détailler, notamment celles défendues par la CFE-CGC ?
Le premier point concerne les mesures salariales, avec notamment la revalorisation du point d’indice et le retour de son indexation sur l’inflation. Cette dernière a été supprimée en 1983 pour laisser davantage de latitude aux budgets de l’État. En 2024, nous avons bénéficié d’un léger rattrapage, mais aujourd’hui, nos salaires accusent encore près de 15 % de retard sur l’inflation, ce qui se traduit par une perte importante du pouvoir d’achat. Ainsi, les agents de catégorie C ont désormais une rémunération indiciaire inférieure au SMIC ! Certes, une indemnité permet de compenser cette différence… mais ces indemnités ne sont pas prises en compte dans le calcul de la retraite.
En 2008, le dispositif de Garantie individuelle du pouvoir d'achat (GIPA) avait justement été créé pour compenser les pertes liées à la non-indexation du point d'indice, en calculant, pour chaque agent, le montant perdu et en compensant une partie. Mais ce dispositif n'existe plus depuis 2024, et nous demandons son rétablissement.
Toujours sur ce sujet des salaires, l’une de nos revendications, portée par la CFE-CGC puis reprise par les autres organisations syndicales, concerne notamment une refonte des grilles indiciaires. Aujourd’hui, la différence de rémunération entre un agent de catégorie C et un agent de catégorie B est très faible, et un cadre peut commencer sa carrière environ 80 euros en dessous du SMIC, ce qui n’est pas normal ! Nous revendiquons également davantage d’égalité salariale entre les femmes et les hommes, notamment dans les fonctions publiques hospitalière et territoriale.
Un autre enjeu est le maintien à 100 % de la rémunération des agents en congé maladie. Aujourd’hui, elle est de 90 %, une baisse qui avait pour objectif de diminuer le nombre d’arrêts maladie. Réduire la rémunération de quelqu’un parce qu’il est malade… ne l’empêchera pas de l’être ! Cela peut même conduire certaines personnes à venir travailler alors qu’elles sont souffrantes, avec le risque de contaminer leurs collègues.
Au-delà de la question des salaires, c’est aussi le manque de moyens que vous dénoncez…
Exactement ! Aujourd’hui, les moyens ne sont pas à la hauteur de nos missions. Nous voulons avant tout un service public qui correspond aux besoins de la population. C’est aussi une question d’attractivité : si le gouvernement veut attirer et fidéliser les agents, il doit leur donner les moyens d’exercer correctement leur métier, avec des rémunérations et des conditions de travail convenables.
Par exemple, contrairement au privé, le public ne dispose pas d'inspecteur du travail doté d'un vrai pouvoir de sanction. Nous nous retrouvons avec des sites au mieux inadaptés, voire dangereux. Les écoles et les hôpitaux non climatisés pendant les vagues de chaleur en sont un exemple parmi tant d’autres.
Nous sommes également très attentifs au maintien de l’indexation des pensions de retraite sur l’inflation. C’est un risque qui existe et qui est actuellement discuté. Les agents publics ont déjà une retraite qui tient moins compte des primes qu’ils peuvent percevoir au cours de leur carrière. Si, en plus, les pensions n’étaient plus indexées sur l’inflation, la situation deviendrait très compliquée pour les retraités des services publics.
Comment la fédération et ses syndicats s’organisent-ils pour cette journée du 29 septembre ?
Il y aura des mobilisations dans tous les départements, pas seulement à Paris, et nous avons fait le nécessaire pour que tout le monde soit présent. Nos sapeurs-pompiers d’Avenir Secours, les policiers d’Alliance, les soignants d’Acteurs Santé, les enseignants d’Action et Démocratie, nos militants du SNT (Syndicat national des territoriaux), les greffiers de Justice-CGC et tous les autres syndicats sont mobilisés.
Si nous avons des revendications générales, chaque syndicat a aussi ses propres revendications plus ciblées sur leur métier, ou d’intensité différente. La sécurité, notamment, est un enjeu majeur pour les policiers, pompiers, enseignants et personnels hospitaliers, qui sont de plus en plus victimes d’agressions. À l’hôpital, la qualité de vie au travail et la place trop importante de l’administratif font partie des priorités, tandis que les agents de l’Éducation nationale se mobilisent notamment autour des modalités de recrutement des professeurs.
À quelques mois des élections professionnelles de décembre, cette mobilisation et ses revendications s'inscrivent-elles dans cette perspective ?
Nous sommes justement en train de finaliser notre programme. La communication va être lancée sur les réseaux sociaux et nous préparons nos préconisations et nos revendications en vue des élections professionnelles. Nous avons préféré lancer notre campagne en septembre pour la déployer sur deux mois et être davantage présents sur les réseaux sociaux. Notre but est d’être les plus présents et visibles quand la campagne atteindra son pic.
Pour l’instant, nous avons plutôt bien avancé, notamment dans l’hospitalier, où nous espérons une forte progression. Dans le territorial, en revanche, nous manquons encore de retours. C’est sans doute là que notre marge de progression est la plus importante, même si nous observons déjà quelques signes encourageants. Nous bénéficions aussi, dans une certaine mesure, de l’attitude de certains syndicats, dont la posture parfois très combative, voire excessive, pousse certains agents à se tourner vers des organisations plus mesurées comme la nôtre.
Propos recueillis par François Tassain