Le 26 août 2026, le géant de la restauration collective Sodexo (412 000 collaborateurs dont 25 000 en France), fondé en 1966, fêtait son 60e anniversaire. Mais l’heure était surtout aux annonces concernant l’avenir et l’organisation du groupe en France, avec 1 097 postes concernés par un Plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) divisé en deux parties : une qui concerne 963 emplois chez Sodexo France, et une autre qui impacte 134 des 480 postes au sein de la holding Sodexo à Issy-les-Moulineaux.
Une annonce qui suscite de nombreuses interrogations chez les salariés et les représentants syndicaux, qui ont déjà connu un PSE en 2020, dans le contexte de la crise sanitaire. À cette époque déjà, près de 1 200 postes avaient été supprimés. Pour Cyril Barbier, délégué syndical central CFE-CGC chez Sodexo, ce nouveau plan social doit néanmoins être analysé au-delà du seul contexte économique présenté par la direction, notamment au regard des choix stratégiques opérés ces dernières années.
De mauvais choix stratégiques
Parmi ces derniers, « le plus récent concerne l’ouverture, il y a deux ans, d’un site entièrement centré sur la restauration “prêt à cuisiner”, qui aurait représenté un investissement de l’ordre de 50 millions d’euros », explique Cyril Barbier. Ce site, dont la rentabilité semble aujourd’hui poser question, fait l’objet d’une réorganisation avec la fermeture de l’un de ses outils de production à Rungis. « Nous avions exprimé nos plus grandes réserves sur ce projet et nous constatons aujourd’hui que les résultats ne sont pas à la hauteur des attentes », poursuit-il.
Cette situation intervient alors que Sodexo recherche environ 100 millions d’euros d’économies. Pour y parvenir, le groupe prévoit notamment de mutualiser certaines fonctions support à l’échelle européenne, avec par exemple le transfert de la hotline informatique en Hongrie, ainsi que de certaines activités comptables et RH à Porto. « Nous devons mesurer précisément les économies réellement attendues, mais également les conséquences sociales de ces transferts sur les salariés, ainsi que les conséquences sur les conditions de travail et la qualité de service », estime Cyril Barbier. Ces évolutions s’inscrivent dans une stratégie définie par le groupe au niveau international, avec une volonté affichée : simplifier l’organisation en réduisant le nombre de structures et de niveaux hiérarchiques.
L’intelligence artificielle constitue également un facteur d’évolution de certains métiers.« Elle impacte déjà certaines activités, notamment dans les centres d’impression et de reprographie, avec l’automatisation progressive de certaines tâches. Cette évolution peut toucher particulièrement certains profils et certaines catégories d’âge, ce qui nous impose d’être très attentifs dans les négociations à venir et d’analyser précisément la pyramide des âges des populations concernées par ces PSE », explique Cyril Barbier.
Des négociations épineuses
Avec quatre mois de négociations au programme, les représentants syndicaux sont déjà fortement mobilisés, Cyril Barbier ayant enchaîné plusieurs journées de réunions et de travail préparatoire. « Un point nous inquiète particulièrement : l’entreprise souhaite ouvrir dès septembre un dispositif de départs volontaires, alors que les mesures d’accompagnement n’ont pas encore été négociées. Bien que favorable au principe de volontariat anticipé, la CFE-CGC souhaite que les salariés disposent préalablement de toutes les informations nécessaires avant de prendre une décision aussi impactante sur leur avenir ».
Une étape importante est d’obtenir une vision précise de la population réellement concernée par ce PSE. « Cela n'aurait pas beaucoup de sens de négocier un plan de formation sans connaître précisément les profils concernés. Si une part importante des postes correspond par exemple à des départs anticipés à la retraite, les dispositifs devront naturellement être adaptés. Il faudra donc travailler avec précision sur les situations individuelles et ajuster les mesures d’accompagnement au fur et à mesure et en fonction des profils », anticipe Cyril Barbier, qui a mis en place des équipes de négociation mais aussi de back-office pour analyser les documents fournis : « La direction nous a transmis des documents économiques, qui totalisent pas moins de 1 400 pages à analyser. C’est un travail considérable, mais indispensable pour pouvoir négocier sur des bases solides ».
Les organisations syndicales directement impactées
Les équipes, elles, sont encore marquées par les précédentes réorganisations et par la charge de travail supplémentaire pouvant résulter des départs. « Les salariés ont tendance à se focaliser sur l’aspect financier, ce qui est compréhensible. Mais nous devons également regarder les conséquences à moyen terme sur les métiers, les compétences et les conditions de travail. Même le recrutement évolue et pourrait être progressivement accompagné par des outils d’intelligence artificielle, en complément du travail des équipes humaines », souligne Cyril Barbier.
En première ligne, les organisations syndicales sont elles aussi concernées par les conséquences de ce PSE. La CFE-CGC a recueilli 78 % des voix aux dernières élections au siège de Sodexo. En conséquence, « une partie importante des élus du CSE est directement concernée par le PSE. Cela peut avoir des conséquences sur la composition des instances et pourrait conduire, selon les situations, à devoir organiser de nouvelles élections. Nous devons donc également anticiper cet aspect », constate Cyril Barbier.
Dans ce contexte, la CFE-CGC a même appelé à la mobilisation. « Ce n’est pas forcément dans nos habitudes, reconnaît Cyril Barbier, et la direction l’a plutôt mal pris. Mais nous considérons que la situation justifie que les salariés puissent exprimer leurs inquiétudes. Notre rôle est de défendre nos adhérents, nos sympathisants et plus largement les salariés que nous représentons, afin que les conséquences de cette nouvelle transformation soient examinées et accompagnées au mieux ».
Mais, pour Cyril Barbier, également président du syndicat des métiers de la restauration collective CFE-CGC INOVA, l’enjeu ne se limite pas à Sodexo. Il observe des évolutions similaires au sein du secteur. « Elior et Compass connaissent eux aussi des transformations et des réorganisations. Ces évolutions auront nécessairement des conséquences sur les organisations et sur le dialogue social. À terme, une partie de nos accords et de nos dispositifs de représentation pourrait être amenée à évoluer. Nous devons donc nous préparer collectivement à ces transformations et veiller à ce que l’accompagnement des salariés et le dialogue social restent au cœur de ces changements. »
François Tassain