Plan Santé au travail 2026-2030 : les analyses de la CFE-CGC

29 juin 2026

Une nouvelle feuille de route en faveur de l’amélioration de la santé des travailleurs et de la prévention des risques professionnels. Le 5 juin dernier, dans le cadre du Conseil national d’orientation des conditions de Travail (CNOCT), Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail et des Solidarités, a présenté le cinquième plan Santé au travail (PST5) pour la période 2026-2030.

Succédant au PST4, ce nouveau plan « entend renforcer les actions en matière de prévention, appuyer le déploiement de démarches de qualité de vie et des conditions de travail (QVCT) et poursuivre la mise en œuvre de la loi du 2 août 2021 pour renforcer la prévention en santé au travail ».

LES PARTENAIRES SOCIAUX ASSOCIÉS MAIS DEMANDEURS DE PLUS DE TRANSPARENCE SUR LES RÉSULTATS OPÉRATIONNELS

« Comme le stipulent les conventions n°155 et n°187 de l’Organisation internationale du travail (OIT), les partenaires sociaux sont associés à tous les niveaux des politiques de santé et de sécurité au travail », rappelle Anne-Michèle Chartier, déléguée nationale CFE-CGC à la santé au travail.  

Comme pour les précédents plans, les organisations syndicales et patronales ont donc été concertées dans le cadre de ce PST5. « La CFE-CGC déplore toutefois le manque d’informations quant aux résultats du PST4 pour la période 2021-2025, souligne Anne-Michèle Chartier. La présentation qui en a été faite par la direction générale du travail (DGT) était insuffisante en termes de retours d’expériences des régions et d’indicateurs de suivi. »

Visant à « prolonger les efforts entrepris en matière d’évaluation et de prévention primaire des risques professionnels dans une logique de décloisonnement des politiques de santé au travail », le PST5 fixe cinq grandes orientations stratégiques.

ACCIDENTS DU TRAVAIL GRAVES ET MORTELS

Ce que prévoit le PST5 pour la période 2026-2030
La prévention des accidents du travail graves et mortels, notamment parmi les publics particulièrement exposés : jeunes, intérimaires. Elle sera mise en œuvre à travers la formation initiale et continue à la santé au travail et le renforcement de leur accueil en entreprise.

L’analyse d’Anne-Michèle Chartier, déléguée nationale CFE-CGC
« S’agissant des accidents du travail graves et mortels, la CFE-CGC a mis l’accent sur les malaises liés aux conditions de travail, notamment climatiques dont la canicule. Les malaises constituent en effet 57 % des accidents mortels au travail. Des travaux de l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS) ont montré combien les malaises étaient insuffisamment pris en charge sur les lieux de travail, conduisant à des décès évitables. Par ailleurs, la CFE-CGC continue de mettre l’accent sur les malaises d’origine cardio-vasculaires. Ils touchent en particulier les salariés de l’encadrement sous l’effet du stress au travail et des conditions dans lesquelles s’exerce le travail. »

SANTÉ DES FEMMES AU TRAVAIL

Ce que prévoit le PST5 pour la période 2026-2030
La promotion de la santé des femmes au travail, notamment à travers l’évaluation des risques professionnels différenciée selon le sexe, l’adaptation des équipements de protection individuelle et la lutte contre les violences sexuelles et sexistes au travail (VSST).

L’analyse d’Anne-Michèle Chartier, déléguée nationale CFE-CGC
« Pour la CFE-CGC, il s’agit en priorité de procéder à une évaluation différenciée des risques, dont les VSST, à faire figurer dans le document unique d'évaluation des risques professionnels (DUERP), obligatoire dans toutes les entreprises. Nous appelons aussi à la prise en compte effective des agressions au travail car les femmes en sont davantage victimes que les hommes. Il faut en comprendre les causes et mieux les prévenir car cela en dit long sur la considération générale à l’égard des femmes dans le monde du travail. »

RISQUES ASSOCIÉS AU DÉRÈGLEMENT CLIMATIQUE ET AUX CONDUITES ADDICTIVES

Ce que prévoit le PST5 pour la période 2026-2030
La prise en compte des enjeux émergents en santé au travail, notamment par l’outillage des employeurs et des services de prévention et de santé au travail face aux risques associés au dérèglement climatique et aux conduites addictives.

L’analyse d’Anne-Michèle Chartier, déléguée nationale CFE-CGC
« L’outillage des employeurs et des services de prévention et de santé au travail (SPST) est un des éléments permettant aux employeurs d’assumer leur obligation de moyens. Cela doit conduire à évaluer les risques liés à la canicule dans le DUERP et à la mise en œuvre des moyens de prévention sur le terrain pour préserver la santé des salariés. La CFE-CGC est attachée au dialogue social et professionnel, gage d’une prévention efficace, plutôt qu’à des écrits non suivis d’effets. »

ABSENTÉISME

Ce que prévoit le PST5 pour la période 2026-2030
La prévention de l’absentéisme, dans une logique de prévention et d’accompagnement des acteurs.

L’analyse d’Anne-Michèle Chartier, déléguée nationale CFE-CGC
« La CFE-CGC insiste sur la prévention des risques psychosociaux (RPS). Comme l’avait rappelé Thomas Fatôme, directeur général de la Caisse nationale de l'assurance maladie (CNAM), 40 % de l’absentéisme est à mettre en rapport avec les RPS. C’est le sujet fondamental sur lequel la CFE-CGC alerte et milite depuis longtemps. Les RPS doivent être inscrits noir sur blanc dans ces orientations stratégiques de santé au travail et ne doivent pas être confondus avec la santé mentale. »

« Concernant la prévention des RPS, la CFE-CGC souligne le rôle central du management, du manageur intermédiaire jusqu’au top management. Aujourd’hui dans les entreprises, trop de manageurs croulent sous les obligations de reporting et les injonctions des actionnaires. Ils font ce qu’ils peuvent sans avoir les moyens et les marges de manœuvre pour gérer correctement l’humain. La formation est importante mais sans temps dédié au management et sans accompagnement, un management de qualité ne peut s’exercer. »

SANTÉ MENTALE

Ce que prévoit le PST5 pour la période 2026-2030
La promotion de la santé mentale, grande cause nationale 2025-2026, et la prévention des RPS avec une offre coordonnée aux entreprises et le renforcement des formations de secourisme.

L’analyse d’Anne-Michèle Chartier, déléguée nationale CFE-CGC
« Il s’agit de bien distinguer risques psychosociaux et santé mentale.Il convient à la fois d’intégrer les personnes présentant des pathologies en matière de santé mentale, et de prévenir ces risques à travers la prévention primaire des RPS et des risques organisationnels au travail. »

« Attention par ailleurs aux discours des directions des ressources humaines en entreprise qui se déclarent ouvertes à prendre en compte la santé mentale des salariés. Je trouve ça dangereux, pour un collaborateur, d’aller s’exprimer ouvertement à sa DRH sur sa santé mentale. Le médecin du travail est là pour accompagner le salarié et l’employeur pour la bonne prise en charge du salarié, sans dévoiler sa pathologie mentale, et afin d’aménager les postes de travail et de repérer les facteurs de risques au sein de l’entreprise. »

QUEL SUIVI ?

Après les déclarations d’intentions, place aux actes ! La CFE-CGC et ses mandatés seront vigilants sur la mise en œuvre concrète de ce plan 2026-2030.

« Ce qui importe, c’est la déclinaison et le suivi sur le terrain, dans les régions, explique Anne-Michèle Chartier. Nous le ferons valoir dans notre avis au Comité national de prévention et de santé au travail (CNPST). Les partenaires sociaux doivent avoir des retours transparents et des indicateurs sur ce qui fonctionne ou pas. C’est d’autant plus nécessaire que l’application de ces orientations stratégiques est très hétérogène d’une région à l’autre. La CFE-CGC et ses mandatés seront donc très vigilants sur la mise en œuvre de ce PST5 qui doit associer davantage l’Assurance maladie et déboucher sur des bilans annuels des DREETS (directions régionales de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités). »

Mathieu Bahuet

Vers un groupe de travail paritaire pour anticiper les prochaines canicules

Alors que la France est touchée par une canicule historique, le ministre du Travail et des Solidarités Jean-Pierre Farandou a réuni, le 24 juin, les organisations syndicales et patronales pour évoquer les mesures déployées face à la canicule, proposant la mise en place d'un groupe paritaire à l'automne pour anticiper les prochaines crises. La CFE-CGC était représentée pour l’occasion par Philippe Baux, secrétaire national en charge du secteur Santé, QVCT et handicap.

Ce prochain groupe de travail aurait pour mission « d’étudier les nouveaux usages et les adaptations structurelles à mettre en œuvre afin de maintenir l’activité économique lors de ces périodes caniculaires, tout en protégeant la santé des salariés », a indiqué le ministre.