Chez Nespresso, une procédure au long cours face au PSE

09 juillet 2026

En quoi consiste concrètement le projet annoncé par la direction de Nespresso ?

En tout, le projet prévoit de supprimer près de 300 postes, dont plusieurs vacants, avec une majorité de postes de « cols blancs ». Cela représente 15 % du nombre de salariés ! Mais ce projet va bien au-delà d’une simple suppression d’emplois, puisque la direction veut complètement changer notre organisation. Le site hébergeant la Direction Relation Client de Lyon va être fermé, et l’activité externalisée au Maroc et en Ukraine. Cela concerne de nombreux salariés souvent une ancienneté importante, parfois supérieure à 15 ans ! En outre, si plusieurs de nos activités vont être recentrées sur Paris, d’autres seront transférées vers Nestlé Business Services (NBS), avec un modèle d’organisation intégrant des implantations internationales.

Comment la direction justifie ces annonces, alors que la marque fête ses 40 ans ?

La direction nous explique que la compétitivité de Nespresso France s'est dégradée depuis 2016. Elle met en avant la baisse de notre base clients, le recul des volumes et du chiffre d'affaires… l'arrivée des capsules compatibles a aussi profondément modifié le marché, tout comme l'essor des machines à café en grains. Le marché B2B peine aussi à retrouver son niveau d'avant-Covid, et les coûts fixes devenus trop élevés au regard de l'activité.

Selon elle, une transformation est indispensable pour mettre en application un nouveau plan stratégique, nommé « IMPACT ». Selon la direction, ce projet vise à adapter l’organisation de l’entreprise aux enjeux économiques et opérationnels actuels. Actuellement, la direction considère que l'organisation actuelle est trop complexe pour soutenir cette stratégie. D’où son souhait de simplifier les structures, et de centraliser davantage certaines fonctions.

Quels sont les plus gros points d’inquiétude pour vous ?

Un point d’attention majeur pour nous est l’ancienneté importante de nombreux salariés sur le site de Lyon, souvent supérieure à 10 ans, notamment sur des métiers de la Relation Client. Ces métiers sont particulièrement exposés aux transformations liées à l’arrivée de l’IA et à l’automatisation. La GEPP menée en 2023 n’a pas permis d’anticiper ni d’identifier correctement ces métiers en tension, ce qui renforce aujourd’hui nos inquiétudes sur leur avenir professionnel et leurs difficultés d’adaptation.

Après l’annonce de ce PSE de Nespresso, comment avancent les négociations ?

Elles évoluent très vite ! Je passe tout mon temps en déplacement entre Paris et les permanences auprès des salariés, avec des réunions avec les équipes, des échanges avec nos experts et le lancement des négociations. Le rythme est particulièrement intense.

Nous sommes aujourd'hui au tout début de la procédure. La direction nous a présenté son projet de transformation, et nous sommes depuis la semaine dernière dans la négociation de l'accord de méthode. C'est une étape importante car elle fixe le cadre de toute la procédure : calendrier, moyens des représentants du personnel, déroulement de l'expertise, modalités des négociations… les premières propositions de la direction s'inscrivent dans la continuité de dispositifs déjà connus lors de la précédente GEPP, mais tout reste encore à négocier.

Avez-vous des objectifs particuliers pendant ces négociations ? Quels sont vos argumentaires vs ceux de la direction ?

Notre rôle est désormais de vérifier que la démonstration de la direction est objectivement fondée. C'est précisément la mission confiée à notre expert, le cabinet APEX, qui analysera les données économiques, financières, organisationnelles et sociales afin de déterminer si les suppressions d'emplois sont réellement justifiées, si toutes les alternatives ont été étudiées et si les choix organisationnels retenus sont proportionnés aux difficultés présentées.

À ce stade, nous ne négocions pas encore les mesures d'accompagnement du PSE. Notre priorité est d'obtenir un cadre de négociation permettant de travailler sérieusement sur le fond du dossier. Les questions relatives aux reclassements, aux mobilités, aux formations, aux indemnités et aux autres mesures sociales viendront dans un second temps.

Pour notre part, nous avons fait le choix de privilégier dans un premier temps le travail de fond. Nous considérons que le temps médiatique ne doit pas prendre le pas sur le temps de la négociation. Notre priorité est d'accompagner les salariés, d'analyser rigoureusement le dossier avec notre expert et de construire une négociation solide avant de porter des positions publiques sur le fond du projet.

Une question reste également ouverte. Quelle est la part des difficultés propres à Nespresso France et quelle est celle qui relève de la stratégie globale de Nestlé ? Nous demanderons que ce point soit éclairci au Comité de groupe. Car à ce stade, Nespresso semble être l'entité qui paie le plus lourd tribut au programme de transformation, ce qui serait particulièrement injuste si nos difficultés ne sont pas de notre faute.

Quelle est l’ambiance chez les salariés ? Comment a été reçue cette annonce ?

Sur le terrain, l'inquiétude est importante. Certes, les collaborateurs connaissent les grandes orientations de la future organisation, mais beaucoup ne savent toujours pas quelles seront les conséquences concrètes pour leur propre poste, depuis les annonces du 10 juin. En conséquence, nous consacrons une grande partie de notre temps à les accompagner individuellement et à répondre à leurs interrogations.

Avez-vous reçu du soutien de la part de la Confédération, ou d'autres organismes extérieurs ?

La fédération CFE-CGC Agro suit naturellement ce dossier avec beaucoup d'attention. Car il s'inscrit dans un contexte plus global de transformation du groupe Nestlé, marqué notamment par l'annonce d'un plan mondial de suppression de 16 000 postes et par plusieurs réorganisations en cours au sein du groupe. Nous avons donc particulièrement soigné la communication pour attirer l’attention sur ces futurs événements, avec de nombreux articles auprès des médias. Nous espérons que nous serons en mesure de limiter autant que possible les suppressions de postes, et d’aider celles et ceux qui perdront les leurs.

Propos recueillis par François Tassain