Dans quel contexte s’inscrit cet accord (« Réussir ensemble avec les postiers ») sur la gestion des emplois et des parcours professionnels et la mixité des métiers (GEPPMM), signé par le Groupe La Poste et trois organisations syndicales (CFE-CGC, CFDT, FO) ?
Nous avions déjà signé le précédent, qui arrivait à échéance le 30 septembre. Ce nouveau texte s’inscrit dans sa suite en apportant des points d’amélioration. Au-delà du calendrier qui prévoyait d’établir un nouvel accord de trois ans, le groupe est en pleine transformation. Une des mutations les plus visible est la baisse structurelle de l’activité courrier. La diminution de fréquentation dans les bureaux de poste se révèle significative aussi. Inversement, de nouvelles activités émergent, l’intelligence artificielle transforme des métiers… Ne pas signer un tel accord aurait signifié se priver de la possibilité d’agir et de celle de participer à la commission de suivi annuelle pour y porter des propositions.
Quelles sont les principales avancées de ce texte ?
En premier lieu la garantie générale d’absence de licenciement. L’une des avancées importantes réside dans le renforcement de l’accompagnement des postiers confrontés aux transformations de leur métier. Notre priorité est de sécuriser leurs parcours professionnels, de privilégier les mobilités internes et de leur donner de véritables perspectives d’évolution.
Ensuite, la création d’un observatoire des métiers et des compétences au niveau national et régional. Cet outil nous semble approprié pour disposer d’une bonne visibilité sur les transformations et embarquer l’ensemble des postiers, sur tout le territoire. Un autre point intéressant tient à l’assurance que toute personne recrutée disposera des habilitations et matériel nécessaires dès le premier jour de sa prise de poste. Ce qui, parfois, posait encore un problème. Or, c’est le gage d’une intégration réussie !
La CFE-CGC a aussi attiré l’attention sur la bonne attribution de la prime de tutorat à celui qui exerce effectivement cette mission. L’accord facilite en outre l’accès à un temps partiel choisi, alors que précédemment, il était souvent conditionné à un motif impérieux, un congé maternité par exemple. Un autre point de satisfaction tient au maintien de la REP (reconnaissance de l’expérience professionnelle), c’est-à-dire la possibilité d’accéder à une promotion pour les personnes ayant dix ans d’ancienneté. La CFE-CGC a revendiqué que le seuil soit abaissé à cinq ans, mais n’est pas parvenue à l’obtenir.
Nous avons également été attentifs au développement des compétences managériales. La reconnaissance et la certification de ces compétences constituent un enjeu important pour les manageurs, dont les responsabilités évoluent fortement avec les transformations de l’entreprise.
Les enjeux de mobilité interne et externe revêtent aussi une grande importance…
Oui. Un accompagnement financier à la mobilité a été amélioré : il était important de fluidifier les parcours entre la maison mère et ses filiales. Car la maison mère détient des compétences que les filiales ignorent encore trop souvent, elles qui recourent facilement à des recrutements extérieurs. Pour la CFE-CGC, l’une des avancées majeures de cet accord réside dans la priorité donnée à la mobilité interne avant tout recrutement externe. C’est un engagement essentiel dans un groupe en pleine transformation. Avant de rechercher des compétences à l’extérieur, La Poste doit d’abord identifier et valoriser celles dont elle dispose en interne, y compris en accompagnant les postiers dans l’acquisition de nouvelles compétences. Nous sommes convaincus que les talents existent au sein de notre entreprise, mais qu’ils ne sont pas toujours suffisamment identifiés ni valorisés. Notre ambition est de décloisonner les parcours professionnels, notamment entre la maison mère et les filiales, et d’offrir aux postiers de véritables perspectives d’évolution. C’est aussi cela sécuriser l’emploi et reconnaître l’expérience professionnelle.
Enfin, un nouveau dispositif de soutien à des mobilités externes à l’entreprise choisies est mis en place.
En quoi la CFE-CGC a-t-elle fait bouger les lignes ?
Nous avons particulièrement insisté sur la cohérence des classifications et la reconnaissance des responsabilités exercées. Pour la CFE-CGC, des fonctions comparables, impliquant un niveau équivalent de responsabilités, doivent bénéficier d’une reconnaissance professionnelle cohérente. C’est une exigence d’équité que nous continuerons à porter. À fonctions identiques, doit répondre un grade unique !
Comment cet accord s’inscrit-il dans le dialogue social de l’entreprise dans son ensemble ?
Le dialogue social au sein du Groupe La Poste est dense, compte tenu des nombreuses transformations engagées. La CFE-CGC y prend toute sa place avec une ligne constante : défendre les intérêts des postiers, anticiper les évolutions des métiers et obtenir des garanties concrètes. Le dialogue avec la direction existe, mais il n’exclut ni les désaccords ni la nécessité de faire évoluer certaines décisions. Notre signature traduit cette exigence de résultats.
Propos recueillis par Sophie Massieu

