Les organisations syndicales (CFE-CGC, CFDT et SUD) et la direction du groupe Michelin ont signé le 25 décembre 2025 un nouvel accord sur la santé au travail, entré en vigueur le 2 janvier dernier et valable pour trois ans. Objectif : garantir la santé et le bien-être au travail des 15 000 collaborateurs de l’entreprise en France (dont 10 655 à Clermont-Ferrand). Cet accord est intervenu dans un contexte tendu, marqué par la fermeture de deux usines et la suppression de 1 254 emplois.
Parmi les principales mesures, l’accord priorise la lutte contre les risques psychosociaux (RPS) avec une étendue de la formation à l’ensemble des élus du personnel ainsi que l’intervention de professionnels de santé de la mutuelle du groupe sur tous les sites français. Le texte inclut également des aménagements pour la transition vie professionnelle-retraite, des dispositifs pour la participation à la vie associative, ainsi que des initiatives spécifiques pour les travailleurs exposés à des environnements extrêmes ou à des troubles musculo–squelettiques (TMS). Des objectifs ambitieux qui, selon Nicolas Mirvault, délégué syndical CFE-CGC,« demanderont l'implication de l'ensemble des acteurs, des équipes santé au travail jusqu’aux manageurs ».
UNE PRIORITÉ DU GROUPE DEPUIS PLUS DE VINGT ANS
Si le sujet des risques psychosociaux a pris de l’ampleur ces dernières années, Michelin s’en est saisi dès 2002. « À l’époque, notre démarche était encore balbutiante, explique Nicolas Mirvault. Mais nous avons construit une culture interne très forte sur la problématique avec des objectifs clairs de réduction des accidents de travail et un respect strict des réglementations. Cela a considérablement facilité les négociations car nous partagions le même intérêt et la volonté de progresser dans la même direction. »
Les résultats sont déjà visibles puisque le nombre de blessés dans l’entreprise a sensiblement diminué ces dernières années. Une amélioration dont les salariés profitent au-delà de leur sécurité physique puisque l’accord d’intéressement du groupe valorise les performances en matière de sécurité, encourageant chacun à être vigilants sur ces enjeux. Ces dernières années, une attention toute particulière a été portée aux emplois tertiaires et de bureau. « Nous sommes très attentifs aux risques psychosociaux dans ces métiers car ils influent autant sur le bien-être que sur la performance des salariés », souligne Nicolas Mirvault.
UNE APPROCHE COLLECTIVE DE LA PRÉVENTION
L’une des nouveautés de cet accord réside dans l’implication élargie de l’ensemble des acteurs de la prévention : manageurs, équipes de santé au travail (dont des médecins en interne), gestionnaires de carrière et organisations syndicales. « Chacun a un rôle à jouer dans l’identification des difficultés et la recherche de solutions », résume Nicolas Mirvault.
Tous ces acteurs sont organisés au sein de cellules de veille RPS afin d’identifier les conditions de travail, les environnements bruyants, les températures extrêmes ou les travaux complexes en équipe. Ce afin d’en réduire les risques et les contraintes grâce à la fourniture d'équipements de protection, à des adaptations de process et à des aménagements dans l'organisation du travail. L'accord a pérennisé ces démarches, ajoutant la formation obligatoire de l'intégralité des élus du personnel, et non plus uniquement des personnes au sein de ces cellules RPS.
L'accord prévoit donc aussi de renforcer les actions de prévention contre les risques psychosociaux. Pour cela, Michelin s'appuiera sur les professionnels de santé de sa mutuelle, qui interviendront directement sur les différents sites du groupe avec plusieurs actions de sensibilisation chaque année.
Le texte prévoit également plusieurs dispositifs pour accompagner les salariés dans les dernières années de leur carrière et favoriser leur engagement dans la vie locale. Les collaborateurs disposent ainsi de 40 heures par an pour s’investir dans des associations, un quota doublé pour les salariés de 58 ans et plus. Par ailleurs, ceux travaillant en équipe peuvent bénéficier jusqu’à cinq jours de repos supplémentaires par an pour préparer leur transition vers la retraite. « Nous avons souhaité élargir ce dispositif à l’ensemble des salariés en équipe, quel que soit leur forfait », indique Nicolas Mirvault.
ANTICIPATION DES RISQUES ET VIGILANCE SUR L’IA
Un des éléments les plus discutés dans ce nouvel accord est l'apparition des nouveaux risques, avec l'intelligence artificielle en première ligne. « Nous savons que l'IA est extrêmement utile pour beaucoup d'employés, avec un potentiel immense, analyse Nicolas Mirvault. Mais nous nous interrogeons aussi sur les risques psychosociaux qui y sont associés. Quel sens aura le métier des utilisateurs, comment gérer le sentiment de dépassement, voire le risque de perdre son emploi, etc. » Si aucun plan d'action n'a encore été initié, « nous avons lancé des travaux de réflexion et d’observation sur notre fonctionnement pour étudier les impacts de l’IA sur les organisations de travail, un élément clé ces prochaines années », assureNicolas Mirvault.
En outre, Michelin a récemment signé la charte de lutte contre le cancer, afin de mieux accompagner les salariés confrontés à des maladies graves. L’objectif est de former manageurs et collaborateurs à adopter les bons réflexes lorsqu’un salarié annonce sa maladie pour envisager des aménagements adaptés (horaires, charge de travail, etc.). « C’est encore une première étape mais cela va dans le bon sens », salue Nicolas Mirvault.
CE QU'IL RESTE A FAIRE
Malgré des avancées certaines, ce nouvel accord est loin d'être parfait. « On peut regretter un manque d'audace, couplé à des restrictions financières. Il est difficile de mettre en place des actions de prévention lorsqu'un investissement économique important est nécessaire, commente Nicolas Mirvault. Il faut plus de prévention, plus de moyens, plus de formation et peut-être plus d'obligations de résultats, bien qu'il soit toujours compliqué d'en imposer sur ce type de risques. »
La prochaine échéance de dialogue social dans l’entreprise concernera une négociation sur la gestion des emplois et des parcours professionnels en entreprise (GEPP). Il s’agira notamment de travailler à la place des salariés dans la seconde partie de leur carrière. « La question est de savoir comment maintenir une dynamique professionnelle, valoriser les compétences, adapter la charge de travail et préparer progressivement les salariés à la retraite », explique Nicolas Mirvault. Des dispositifs existants, comme la retraite progressive, pourraient ainsi être renforcés afin de faciliter cette transition.
François Tassain
Chez Michelin, les risques psychosociaux au cœur de l’accord santé
20 mars 2026

