Fonction publique hospitalière : apporter un vent nouveau

23 septembre 2026

Sur les 1 241 000 agents employés dans la fonction publique hospitalière (FPH), 826 000 (66,6 %) le sont sous le statut de fonctionnaire, et 415 000 comme salariés. En son sein, ce sont Acteurs Santé et le Syndicat National des Scientifiques Hospitaliers (SNSH) qui, dans le giron de la fédération CFE-CGC des services publics, représentent la CFE-CGC.

Créé en 2016, Acteurs Santé fête cette année son dixième anniversaire. « Nous avons participé aux élections professionnelles de 2018 et de 2022, et affichons une croissance de 7 à 8 % d’adhérents supplémentaires chaque année », souligne Jean-Marc Carneiro, président du syndicat et cadre de santé formateur au CHU de Toulouse.

LE DÉFI DE L’IMPLANTATION SYNDICALE

Dans le secteur hospitalier, la culture syndicale est ancienne, les habitudes profondément ancrées. « Chaque établissement a son histoire, son fonctionnement et ses équilibres locaux. Des organisations syndicales occupent le terrain depuis des décennies, rendant l'émergence de nouveaux acteurs plus complexe », analyse Jean-Marc Carneiro. Par ailleurs, si les catégories B et C (aides-soignants, personnels administratifs, techniques…) sont très syndiquées, la catégorie A (cadres de santé, ingénieurs, infirmiers…) l’est beaucoup moins.

Dans ce contexte, Acteurs Santé veut faire en sorte que chaque catégorie de personnels soit entendue et défendue selon leurs réalités professionnelles, explique Jean-Marc Carneiro : « Nous mettons en avant le dialogue et la concertation en portant les préoccupations de l'ensemble des professionnels hospitaliers. Acteur Santé milite pour une meilleure reconnaissance des qualifications, des déroulements de carrière plus attractifs, une véritable prise en compte de la pénibilité, un accès renforcé à la formation continue et une politique salariale permettant de fidéliser durablement les agents. »

UN SECTEUR EN CRISE STRUCTURELLE

Vieillissement de la population, augmentation constante des besoins de santé, difficultés de recrutement, fermetures de lits, surcharge administrative, perte d'attractivité des métiers : l’hôpital vit une crise structurelle qui va bien au-delà des seules questions budgétaires. « Tous ces facteurs alimentent un malaise durable chez les agents, témoigne Jean-Marc Carneiro. Depuis plusieurs années, l'hôpital public est géré avant tout sous un angle comptable. Pourtant, derrière chaque décision budgétaire, il y a des équipes, des patients et un service public qui doit continuer à répondre aux besoins de nos concitoyens sur tout le territoire. »

La dégradation des conditions de travail, sans revalorisation des grilles salariales, n'a rien arrangé. « Il est difficile de fidéliser les agents dont la majorité a peu de perspectives d’évolution », complète Antoine Beaufort, responsable maintenance externe au Centre hospitalier de Vichy et porte-parole d’Acteurs Santé.

CONDITIONS DE TRAVAIL, PÉNIBILITÉ, CARRIÈRES : UN MILITANTISME EN PHASE AVEC LE TERRAIN

Acteurs Santé met en avant le profil de ses responsables (cadres de santé, infirmiers, aides-soignants, personnels médico-techniques ou administratifs…) qui, sans exception, exercent ou ont exercé au sein des établissements hospitaliers. « Quand on parle de conditions de travail, de pénibilité ou de déroulement de carrière, c’est en connaissance de cause car nous les vivons avec nos collègues, assure Jean-Marc Carneiro. Beaucoup d'agents souhaitent un syndicalisme plus proche des réalités quotidiennes et davantage orienté vers des solutions concrètes plutôt qu’une opposition de façade. »

Sur le plan syndical, attirer de nouveaux adhérents est une chose, les conserver en est une autre. « Les carrières dans l’hospitalière sont devenues très courtes, entre 3 à 5 ans. Nombre d’agents restent seulement quelques années dans un établissement », observe Jean-Marc Carneiro. Un turnover qui se traduit par une baisse de la participation lors des élections professionnelles (de 63,33 % en 1996 à 37,9 % en 2022).

ACCOMPAGNEMENT DES AGENTS

Pour prévenir les conflits, peser dans les négociations et dans le suivi des décisions, Acteurs Santé s'appuie sur plusieurs dizaines de sections présentes sur l'ensemble du territoire. Parmi elles, celle du CHU de Dijon, présidée par Laurence Beaufils, aide-soignante, occupe une place historiquement prépondérante. « Notre force réside dans des équipes locales qui accompagnent quotidiennement les agents dans leurs démarches, leurs difficultés et leurs projets. Nous ne pourrons en effet fédérer que si nous répondons à leurs préoccupations concrètes », résume la militante.

Mais quelles sont-elles ? En premier lieu, une reconnaissance salariale à la hauteur des qualifications - quand tant d'agents diplômés à bac+5 restent rémunérés au niveau bac+3 - et des négociations menées par strate et par catégorie plutôt que d'appliquer une grille unique qui pénalise les personnels d'encadrement et les catégories A. Autres priorités : une prise en compte réelle de la pénibilité et un accès effectif à la formation continue aujourd'hui quasi inexistant faute de personnels disponibles pour remplacer les agents en formation.

INFLUENCE ET VISIBILITÉ

Acteurs Santé cherche aussi à s’imposer comme un interlocuteur référent sur les dossiers nationaux. Depuis deux ans, ses représentants participent à des groupes de travail organisés par la Direction générale de l'administration et de la fonction publique (DGAFP) afin de contribuer aux réflexions sur le secteur.

En parallèle, le syndicat a lancé une nouvelle stratégie sur les réseaux sociaux. « Nous voulons être réactifs sur les sujets d'actualité, expliquer nos positions et montrer concrètement ce que nous faisons sur le terrain, confie Antoine Beaufort. Depuis que nous avons investi les réseaux, on sent qu’on intéresse davantage de monde, dont des élus et des décideurs politiques. »

FORMER LES MILITANTS DE DEMAIN

Le développement syndical repose aussi sur la montée en compétence des militants. « Nous devons accompagner efficacement celles et ceux qui s'engagent, notamment sur des aspects réglementaires ou juridiques spécifiques à nos périmètres d'action », détaille Antoine Beaufort. « Notre nouvelle présidente confédérale Christelle Thieffinne a clairement identifié la formation comme un levier essentiel à notre développement, appuie Jean-Marc Carneiro. C'est une dynamique dans laquelle Acteurs Santé s’inscrit pleinement, à mesure que nos effectifs militants progressent. »

LES ÉLECTIONS PROFESSIONNELLES EN LIGNE DE MIRE

À l’approche des élections professionnelles dans la fonction publique en décembre prochain, Acteurs Santé aborde cette échéance avec ambition et lucidité face à des syndicats rivaux solidement implantés depuis des décennies et dans un contexte de baisse de la participation lors des derniers scrutins. L’objectif affiché est ainsi de continuer à améliorer la représentativité et a minima de consolider les positions déjà acquises.

Les élections passées, il s’agira de reprendre le travail de fourmi. Et progresser, établissement par établissement, avec application et professionnalisme. Car malgré les urgences, Acteurs Santé et ses militants ont bien conscience qu’ils sont engagés dans un marathon, et non un sprint.

François Tassain